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mardi 4 juin 2013

Antigone, de Jean Anouilh; arts du langage et du spectacle vivant

Deux axes étudiés.


I)   Le Prologue.


Texte :

Un décor neutre, trois portes semblables. Au lever du rideau, tous les personnages sont en scène. Ils bavardent, tricotent, jouent aux cartes. Le Prologue se détache et s'avance.

LE PROLOGUE.
Voilà. Ces personnages vont vous jouer l'histoire d'Antigone. Antigone, c'est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. Elle pense qu'elle va être Antigone tout-à-l'heure, qu'elle va surgir soudain de la maigre jeune fille noiraude et renfermée que personne ne prenait au sérieux dans la famille et se dresser seule en face du monde, seule en face de Créon, son oncle, qui est le roi. Elle pense qu'elle va mourir, qu'elle est jeune et qu'elle aussi, elle aurait bien aime vivre. Mais il n'y a rien à faire. Elle s'appelle Antigone et il va falloir qu'elle joue son rôle jusqu'au bout... Et, depuis que ce rideau s'est levé, elle sent qu'elle s'éloigne à une vitesse vertigineuse de sa sœur Ismène, qui bavarde et rit avec un jeune homme, de nous tous, qui sommes là bien tranquilles à la regarder, de nous qui n'avons pas à mourir ce soir.
Le jeune homme avec qui parle la blonde, la belle, l'heureuse Ismène, c'est Hémon, le fils de Créon. Il est le fiancé d'Antigone. Tout le portait vers Ismène : son goût de la danse et des jeux, son goût du bonheur et de la réussite, sa sensualité aussi, car Ismène est bien plus jolie qu'Antigone, et puis un soir, un soir de bal où il n'avait dansé qu'avec Ismène, un soir où Ismène avait été éblouissante dans sa nouvelle robe, il a été trouver Antigone, qui rêvait dans un coin, comme en ce moment, ses bras entourant ses genoux, et lui a demandé d'être sa femme. Personne n'a jamais compris pourquoi. Antigone a levé sans étonnement ses yeux graves sur lui et elle lui a dit 'oui' avec un petit sourire triste... L'orchestre attaquait une nouvelle danse, Ismène riait aux éclats, là-bas, au milieu des autres garçons, et voilà,maintenant, lui, il allait être le mari d'Antigone. Il ne savait pas qu'il ne devrait jamais exister de mari d'Antigone sur cette terre et que ce titre princier lui donnait seulement le droit de mourir.
Cet homme robuste, aux cheveux blancs, qui médite là, près de son page, c'est Créon. C'est le roi. Il a des rides, il est fatigué. Il joue au jeu difficile de conduire les hommes. Avant, du temps d'Œdipe, quand il n'était que le premier personnage de la cour, il aimait la musique, les belles reliures, les longues flâneries chez les petits antiquaires de Thèbes. Mais Œdipe et ses fils sont morts. Il a laissé ses livres, ses objets, il a retroussé ses manches et il a pris leur place. Quelquefois, le soir, il est fatigué, et il se demande s'il n'est pas vain de conduire les hommes. Si cela n'est pas un office sordide qu'on doit laisser à d'autres, plus frustes... Et puis, au matin, des problèmes précis se posent, qu'il faut résoudre, et il se lève, tranquille, comme un ouvrier au seuil de sa journée.
La vieille dame qui tricote, à coté de la nourrice qui a élevé les deux petites, c'est Eurydice, la femme de Créon. Elle tricotera pendant toute la tragédie jusqu'à ce que son tour vienne de se lever et de mourir. Elle est bonne, digne, aimante. Elle ne lui est d'aucun secours. Créon est seul. Seul avec son petit page qui est trop petit et qui ne peut rien non plus pour lui.
Ce garçon pâle, là-bas, qui rêve adossé au mur, c'est le Messager. C'est lui qui viendra annoncer la mort d'Hémon tout à l'heure. C'est pour cela qu'il n'a pas envie de bavarder ni de se mêler aux autres... Il sait déjà...
Enfin les trois hommes rougeauds qui jouent aux cartes, leur chapeau sur la nuque, ce sont les gardes. Ce ne sont pas de mauvais bougres, ils ont des femmes, des enfants, et des petits ennuis comme tout le monde, mais ils vous empoigneront les accusés le plus tranquillement du monde tout à l'heure. Ils sentent l'ail, le cuir et le vin rouge et ils sont dépourvus de toute imagination. Ce sont les auxiliaires toujours innocents et satisfaits d'eux-mêmes, de la justice. Pour le moment, jusqu'à ce qu'un nouveau chef de Thèbes dûment mandaté leur ordonne de l'arrêter à son tour, ce sont les auxiliaires de la justice de Créon.
Et maintenant que vous les connaissez tous, ils vont pouvoir vous jouer leur histoire. Elle commence au moment où les deux fils d'Œdipe, Etéocle et Polynice, qui devaient régner sur Thèbes un an chacun à tour de rôle, se sont battus et entre-tués sous les murs de la ville, Etéocle, l'aîné, au terme de la première année de pouvoir ayant refusé de céder la place à son frère. Sept grands princes étrangers que Polynice avait gagné à sa cause ont été défaits devant les sept portes de Thèbes. Maintenant la ville est sauvée, les deux frères ennemis sont morts, et Créon, le roi a ordonné qu'à Etéocle, le bon frère, il serait fait d'imposantes funérailles, mais que Polynice, le vaurien, le révolté, le voyou, serait laissé sans pleurs et sans sépulture, la proie des corbeaux et des chacals. Quiconque osera lui rendre les devoirs funèbres sera impitoyablement puni de mort.

Pendant que le Prologue parlait, les personnages sont sortis un à un. Le Prologue disparaît aussi.


Mise en scène de Nicolas Briançon, Barbara Schulz & Robert Hossein, Théâtre Marigny 2003.

 




Analyse


Le Prologue.

Un prélude original.
Le « prologue » est, ici, un personnage, de « chair », qui s'adresse directement à « vous », nous spectateurs (ce n'est pas un monologue), et présente les personnages, en insistant sur le champ lexical du théâtre (jouer / rôle / personnages...) [≠ tradition : début « in media res », action en cours et le spectateur doit comprendre par lui-même qui sont les personnages + le spectateur est « dans le noir », n'intervient pas dans la pièce qui semble, assez artificiellement, se dérouler toute seule.]
► originalité
+ solennité de l'expérience théâtrale, puisque les acteurs vont endosser un rôle qui va leur faire oublier leur propre existence ; ils vont « être » le rôle. + invitation, pour le spectateur, à entrer dans l'univers de la représentation théâtrale
+ déplace l'intérêt ; il ne s'agit pas de savoir ce qui va se passer, mais comment cela va se passer (circonstance, motivations, pensées....)

Une scène d'exposition.
Didascalie initiale ; plante un décor intemporel, « neutre ». L'accent ne sera pas mis sur la mise en scène, mais sur les personnages et les paroles qu'ils vont prononcer
+ anachronismes ; l'action n'est pas située à une époque précise. Là aussi, universalité.
+ rôles des portes, 3 (chambre d'Antigone, sphère intime, privée ; salle des Conseils du Roi, sphère politique ; extérieur : sphère publique). Antichambre du palais = lieu de passage, de connexion, idéal (cf unité de lieu classique)

Présentation des personnages, par ordre d'importance (// longueur de parole) + création de « groupes » (personnages présents, juste évoqués, anonymes qui n'ont pas de nom mais une fonction, un nom commun générique)
Détailler chaque personnage (trait physique / qualités & défauts, caractère / activités et rapports avec les autres) + repérer les apports texte / mise en scène (physique de l'acteur, accessoires, gestes et mouvements).
Insister sur Antigone (un « héroïsme » original).
+ relever les points communs Antigone / Créon
+ relever la création de contrastes : entre les deux sœurs / entre les deux frères

La mise en place du tragique.
2 champ lexicaux différents : le quotidien, la banalité ≠ la mort ; avec les 3 registres de langue (familier / courant / soutenu ; relever des exemples de chaque)
« Il n'y a rien à faire »  + futur de l'indicatif (Antigone / Hémon / Eurydice...)► le destin, la fatalité
Mort annoncée ► déviation de l'intérêt de la pièce ; il ne s'agit pas de connaître l'issue de la pièce mais la façon dont les personnages affrontent leur destin.
Mais avec le quotidien, l'intention de l'auteur est de rendre simples des situations où il est question de la vie et de la mort, de rendre actuel le mythe d'Antigone.

Dernière phrase : futur ; menace, ombre de la mort inéluctable & prémonition du crime d'Antigone et de la tragédie qui va se jouer.
C'est donc une exposition « tragiquement originale ».


II) Antigone & Créon.


Texte



Un silence. Ils se regardent encore debout l'un en face de l'autre.

CRÉON, murmure, comme pour lui. – Quel jeu joues-tu ?

ANTIGONE – Je ne joue pas.

CRÉON – Tu ne comprends donc pas que si quelqu'un d'autre que ces trois brutes sait tout à l'heure ce que tu as tenté de faire, je serai obligé de te faire mourir ? Si tu te tais maintenant, si tu renonces à cette folie, j'ai une chance de te sauver, mais je ne l'aurai plus dans cinq minutes. Le comprends-tu ?

ANTIGONE – Il faut que j'aille enterrer mon frère que ces hommes ont découvert.

CRÉON – Tu irais refaire ce geste absurde ? Il y a une autre garde autour du corps de Polynice et, même si tu parviens à le recouvrir encore, on dégagera son cadavre, tu le sais bien. Que peux-tu donc sinon t'ensanglanter encore les ongles et te faire prendre ?

ANTIGONE – Rien d'autre que cela, je le sais. Mais cela, du moins, je le peux. Et il faut faire ce que l'on peut.

CRÉON – Tu y crois donc vraiment ,toi, à cet enterrement dans les règles ? A cette ombre de ton frère condamnée à errer toujours si on ne jette pas sur le cadavre un petit peu de terre avec la formule du prêtre ? Tu leur a déjà entendu la réciter, aux prêtres de Thèbes, la formule ? Tu as vu ces pauvres têtes d'employés fatigués écourtant les gestes, avalant les mots, bâclant ce mort pour en prendre un autre avant le repas de midi ?

ANTIGONE – Oui, je les ai vus.

CRÉON – Est-ce que tu n'as jamais pensé alors que si c'était un être que tu aimais vraiment, qui était là, couché dans cette boîte, tu te mettrais à hurler tout d'un coup ? A leur crier de se taire, de s'en aller ?

ANTIGONE – Si, je l'ai pensé.

CRÉON – Et tu risques la mort maintenant parce que j'ai refusé à ton frère ce passeport dérisoire, ce bredouillage en série sur sa dépouille, cette pantomime dont tu aurais été la première à avoir honte et mal si on l'avait jouée. C'est absurde !

ANTIGONE – Oui, c'est absurde.

CRÉON – Pourquoi fais-tu ce geste, alors ? Pour les autres, pour ceux qui y croient ? Pour les dresser contre moi ?

ANTIGONE – Non.

CRÉON – Ni pour les autres, ni pour ton frère ? Pour qui alors ?

ANTIGONE – Pour personne. Pour moi.

CRÉON, la regarde en silence. – Tu as donc bien envie de mourir ? Tu as l'air d'un petit gibier pris.

ANTIGONE – Ne vous attendrissez pas sur moi. Faites comme moi. Faites ce que vous avez à faire. Mais si vous êtes un être humain, faites-le vite. Voilà tout ce que je vous demande. Je n'aurai pas du courage éternellement, c'est vrai.

CRÉON, se rapproche. – Je veux te sauver, Antigone.

ANTIGONE – Vous êtes le roi, vous pouvez tout, mais cela, vous ne le pouvez pas.

CRÉON – Tu crois ?

ANTIGONE – Ni me sauver, ni me contraindre.

CRÉON – Orgueilleuse ! Petite Œdipe !

ANTIGONE – Vous pouvez seulement me faire mourir.

CRÉON – Et si je te fais torturer ?

ANTIGONE – Pourquoi ? Pour que je pleure, que je demande grâce, pour que je jure tout ce qu'on voudra, et que je recommence après, quand je n'aurai plus mal ?

CRÉON, lui serre le bras. – Ecoute-moi bien. J'ai le mauvais rôle, c'est entendu, et tu as le bon. Et tu le sens. Mais n'en profite tout de même pas trop, petite peste… Si j'étais une bonne brute ordinaire de tyran, il y aurait déjà longtemps qu'on t'aurait arraché la langue, tiré les membres aux tenailles, ou jeté dans un trou. Mais tu vois dans mes yeux quelque chose qui hésite, tu vois que je te laisse parler au lieu d'appeler mes soldats ; alors, tu nargues, tu attaques tant que tu peux. Où veux-tu en venir, petite furie ?

ANTIGONE – Lâchez-moi. Vous me faites mal au bras avec votre main.

CRÉON, qui serre plus fort. – Non. Moi, je suis le plus fort comme cela, j'en profite aussi.

ANTIGONE, pousse un petit cri. – Aïe !

CRÉON, dont les yeux rient. – C'est peut-être ce que je devrais faire après tout, tout simplement, te tordre le poignet, te tirer les cheveux comme on fait aux filles dans les jeux. (Il la regarde encore. Il redevient grave. Il lui dit tout près.) Je suis ton oncle, c'est entendu, mais nous ne sommes pas tendres les uns pour les autres, dans la famille. Cela ne te semble pas drôle, tout de même, ce roi bafoué qui t'écoute, ce vieil homme qui peut tout et qui en a vu tuer d'autres, je t'assure, et d'aussi attendrissants que toi, et qui est là, à se donner toute cette peine pour essayer de t'empêcher de mourir ?

ANTIGONE, après un temps. – Vous serrez trop, maintenant. Cela ne me fait même plus mal. Je n'ai plus de bras.

CRÉON, la regarde et la lâche avec un petit sourire. Il murmure. – Dieu sait pourtant si j'ai autre chose à faire aujourd'hui, mais je vais tout de même perdre le temps qu'il faudra et te sauver, petite peste. (Il la fait asseoir sur une chaise au milieu de la pièce. Il enlève sa veste, il s'avance vers elle, lourd, puissant, en bras de chemise.) Au lendemain d'une révolution ratée, il y a du pain sur la planche, je te l'assure. Mais les affaires urgentes attendront. Je ne veux pas te laisser mourir dans une histoire de politique. Tu vaux mieux que cela. Parce que ton Polynice, cette ombre éplorée et ce corps qui se décompose entre ses gardes et tout ce pathétique qui t'enflamme, ce n'est qu'une histoire de politique. D'abord, je ne suis pas tendre, mais je suis délicat ; j'aime ce qui est propre, net, bien lavé. Tu crois que cela ne me dégoûte pas autant que toi, cette viande qui pourrit au soleil ? Le soir, quand le vent vient de la mer, on la sent déjà du palais. Cela me soulève le cœur. Pourtant, je ne vais même pas fermer ma fenêtre. C'est ignoble, et je peux même le dire à toi, c'est bête, monstrueusement bête, mais il faut que tout Thèbes sente cela pendant quelque temps. Tu penses bien que je l'aurais fait enterrer, ton frère, ne fût-ce que pour l'hygiène ! Mais pour que les brutes que je gouverne comprennent, il faut que cela pue le cadavre de Polynice dans toute la ville, pendant un mois.

ANTIGONE – Vous êtes odieux !

CRÉON – Oui mon petit. C'est le métier qui le veut. Ce qu'on peut discuter c'est s'il faut le faire ou ne pas le faire. Mais si on le fait, il faut le faire comme cela.

ANTIGONE – Pourquoi le faites-vous ?

CRÉON – Un matin, je me suis réveillé roi de Thèbes. Et Dieu sait si j'aimais autre chose dans la vie que d'être puissant…

ANTIGONE – Il fallait dire non, alors !

CRÉON – Je le pouvais. Seulement, je me suis senti tout d'un coup comme un ouvrier qui refusait un ouvrage. Cela ne m'a pas paru honnête. J'ai dit oui.

ANTIGONE – Hé bien, tant pis pour vous. Moi, je n'ai pas dit « oui » ! Qu'est-ce que vous voulez que cela me fasse, à moi, votre politique, vos nécessités, vos pauvres histoires ? Moi, je peux dire « non » encore à tout ce que je n'aime pas et je suis seul juge. Et vous, avec votre couronne, avec vos gardes, avec votre attirail, vous pouvez seulement me faire mourir parce que vous avez dit « oui ».

CRÉON – Ecoute-moi.

ANTIGONE – Si je veux, moi, je peux ne pas vous écouter. Vous avez dit « oui ». Je n'ai plus rien à apprendre de vous. Pas vous. Vous êtes là, à boire mes paroles. Et si vous n'appelez pas vos gardes, c'est pour m'écouter jusqu'au bout.

CRÉON – Tu m'amuses.

ANTIGONE – Non. Je vous fais peur. C'est pour cela que vous essayez de me sauver. Ce serait tout de même plus commode de garder une petite Antigone vivante et muette dans ce palais. Vous êtes trop sensible pour faire un bon tyran, voilà tout. Mais vous allez tout de même me faire mourir tout à l'heure, vous le savez, et c'est pour cela que vous avez peur. C'est laid un homme qui a peur.

CRÉON, sourdement. – Eh bien, oui, j'ai peur d'être obligé de te faire tuer si tu t'obstines. Et je ne le voudrais pas.

ANTIGONE – Moi, je ne suis pas obligée de faire ce que je ne voudrais pas ! Vous n'auriez pas voulu non plus, peut-être, refuser une tombe à mon frère ? Dites-le donc, que vous ne l'auriez pas voulu ?

CRÉON – Je te l'ai dit.

ANTIGONE – Et vous l'avez fait tout de même. Et maintenant, vous allez me faire tuer sans le vouloir. Et c'est cela, être roi !

CRÉON – Oui, c'est cela !

ANTIGONE – Pauvre Créon ! Avec mes ongles cassés et pleins de terre et les bleus que tes gardes m'ont fait aux bras, avec ma peur qui me tord le ventre, moi je suis reine.

CRÉON – Alors, aie pitié de moi, vis. Le cadavre de ton frère qui pourrit sous mes fenêtres, c'est assez payé pour que l'ordre règne dans Thèbes. Mon fils t'aime. Ne m'oblige pas à payer avec toi encore. J'ai assez payé.

ANTIGONE – Non. Vous avez dit « oui ». Vous ne vous arrêterez jamais de payer maintenant !

CRÉON, la secoue soudain, hors de lui. – Mais, bon Dieu ! Essaie de comprendre une minute, toi aussi, petite idiote ! J'ai bien essayé de te comprendre, moi. Il faut pourtant qu'il y en ait qui disent oui. Il faut pourtant qu'il y en ait qui mènent la barque. Cela prend l'eau de toutes parts, c'est plein de crimes, de bêtise, de misère… Et le gouvernail est là qui ballotte. L'équipage ne veut plus rien faire, il ne pense qu'à piller la cale et les officiers sont déjà en train de se construire un petit radeau confortable, rien que pour eux, avec toute la provision d'eau douce, pour tirer au moins leurs os de là. Et le mât craque, et le vent siffle, et les voiles vont se déchirer, et toutes ces brutes vont crever toutes ensemble, parce qu'elles ne pensent qu'à leur peau, à leur précieuse peau et à leurs petites affaires. Crois-tu, alors, qu'on a le temps de faire le raffiné, de savoir s'il faut dire « oui » ou « non », de se demander s'il ne faudra pas payer trop cher un jour, et si on pourra encore être un homme après ? On prend le bout de bois, on redresse devant la montagne d'eau, on gueule un ordre et on tire dans le tas, sur le premier qui s'avance. Dans le tas ! Cela n'a pas de nom. C'est comme la vague qui vient de s'abattre sur le pont devant vous ; le vent qui vous gifle, et la chose qui tombe devant le groupe n'a pas de nom. C'était peut-être celui qui t'avait donné du feu en souriant la veille. Il n'a plus de nom. Et toi non plus tu n'as plus de nom, cramponné à la barre. Il n'y a plus que le bateau qui ait un nom et la tempête. Est-ce que tu le comprends, cela ?

ANTIGONE, secoue la tête. – Je ne veux pas comprendre. C'est bon pour vous. Moi, je suis là pour autre chose que pour comprendre. Je suis là pour vous dire non et pour mourir.

CRÉON – C'est facile de dire non !

ANTIGONE –Pas toujours.

CRÉON – Pour dire oui, il faut suer et retrousser ses manches, empoigner la vie à pleines mains et s'en mettre jusqu'aux coudes. C'est facile de dire non, même si on doit mourir. Il n'y a qu'à ne pas bouger et attendre. Attendre pour vivre, attendre même pour qu'on vous tue. C'est trop lâche. C'est une invention des hommes. Tu imagines un monde où les arbres aussi auraient dit non contre la sève, où les bêtes auraient dit non contre l'instinct de la chasse ou de l'amour ? Les bêtes, elles au moins, elle sont bonnes et simples et dures. Elles vont, se poussant les unes après les autres, courageusement, sur le même chemin. Et si elles tombent, les autres passent et il peut s'en perdre autant que l'on veut, il en restera toujours une de chaque espèce prête à refaire des petits et à reprendre le même chemin avec le même courage, toute pareille à celles qui sont passées avant.

ANTIGONE – Quel rêve, hein, pour un roi, des bêtes ! Ce serait si simple.

Un silence, Créon la regarde.

CRÉON – Tu me méprises, n'est-ce pas ? (Elle ne répond pas, il continue comme pour lui.) C'est drôle : Je l'ai souvent imaginé, ce dialogue avec un petit jeune homme pâle qui aurait essayé de me tuer et dont je ne pourrais rien tirer après que du mépris. Mais je ne pensais pas que ce serait avec toi et pour quelque chose d'aussi bête… (Il a pris sa tête dans ses mains. On sent qu'il est à bout de forces.) Ecoute-moi tout de même pour la dernière fois. Mon rôle n'est pas bon, mais c'est mon rôle, et je vais te faire tuer. Seulement, avant, je veux que toi aussi tu sois bien sûre du tien. Tu sais pourquoi tu vas mourir, Antigone ? Tu sais au bas de quelle histoire sordide tu vas signer pour toujours ton petit nom sanglant ?

[...]
[Créon raconte sa version de l'histoire Etéocle/Polynice, en commençant par le jour où Polynice a brutalement et violemment frappé Oedipe, son père, parce qu'il lui refusait une somme d'argent perdue au jeu; et en poursuivant par le combat sanglant entre les deux frères, les "coulisses de ce drame où [Antigone] brûle de jouer un rôle, la cuisine".; enfin, Créon avoue à Antigone un secret, "quelque chose d'effroyable : Etéocle, ce prix de vertu, ne valait pas plus cher que Polynice. Le bon fils avait essayé, lui aussi, de faire assassiner son père, le prince loyal avait décidé, lui aussi, de vendre Thèbes au plus offrant".]
[...]

Il y a un long silence, ils ne bougent pas, sans se regarder, puis Antigone dit doucement :

ANTIGONE – Pourquoi m'avez-vous raconté cela ?

Créon se lève, remet sa veste.

CRÉON – Valait-il mieux te laisser mourir dans cette pauvre histoire ?

ANTIGONE – Peut-être. Moi, je croyais.

Il y a un silence encore. Créon s'approche d'elle.

CRÉON – Qu'est-ce que tu vas faire maintenant ?

ANTIGONE, se lève comme une somnanbule. – Je vais remonter dans ma chambre.

CRÉON – Ne reste pas trop seule. Va voir Hémon, ce matin. Marie-toi vite.

ANTIGONE, dans un souffle. – Oui.

CRÉON – Tu as toute ta vie devant toi. Notre discussion était bien oiseuse, je t'assure. Tu as ce trésor, toi, encore.

ANTIGONE – Oui.

CRÉON – Rien d'autre ne compte. Et tu allais le gaspiller ! Je te comprends, j'aurais fait comme toi à vingt ans. C'est pour cela que je buvais tes paroles. J'écoutais du fond du temps un petit Créon maigre et pâle comme toi et qui ne pensait qu'à tout donner lui-aussi… Marie-toi vite, Antigone, sois heureuse. La vie n'est pas ce que tu crois. C'est une eau que les jeunes gens laissent couler sans le savoir, entre leurs doigts ouverts. Ferme tes mains, ferme tes mains, vite. Retiens-la. Tu verras, cela deviendra une petite chose dure et simple qu'on grignote, assis au soleil. Ils te diront tout le contraire parce qu'ils ont besoin de ta force et de ton élan. Ne les écoute pas. Ne m'écoute pas quand je ferai mon prochain discours devant le tombeau d'Etéocle. Ce ne sera pas vrai. Rien n'est vrai que ce qu'on ne dit pas… Tu l'apprendras, toi aussi, trop tard, la vie c'est un livre qu'on aime, c'est un enfant qui joue à vos pieds, un outil qu'on tient bien dans sa main, un banc pour se reposer le soir devant sa maison. Tu vas me mépriser encore, mais de découvrir cela, tu verras, c'est la consolation dérisoire de vieillir ; la vie, ce n'est peut-être tout de même que le bonheur.

ANTIGONE, murmure, le regard perdu. – Le bonheur…

CRÉON, a un peu honte soudain. – Un pauvre mot, hein ?

ANTIGONE – Quel sera-t-il, mon bonheur ? Quelle femme heureuse deviendra-t-elle, la petite Antigone ? Quelles pauvretés faudra-t-il qu'elle fasse elle aussi, jour par jour, pour arracher avec ses dents son petit lambeau de bonheur ? Dites, à qui devra-t-elle mentir, à qui sourire, à qui se vendre ? Qui devra-t-elle laisser mourir en détournant le regard ?

CRÉON, hausse les épaules.– Tu es folle, tais-toi.

ANTIGONE – Non, je ne me tairai pas ! Je veux savoir comment je m'y prendrais, moi aussi, pour être heureuse. Tout de suite, puisque c'est tout de suite qu'il faut choisir. Vous dites que c'est si beau, la vie. Je veux savoir comment je m'y prendrai pour vivre.

CRÉON – Tu aimes Hémon ?

ANTIGONE – Oui, j'aime Hémon. J'aime un Hémon dur et jeune ; un Hémon exigeant et fidèle, comme moi. Mais si votre vie, votre bonheur doivent passer sur lui avec leur usure, si Hémon ne doit plus pâlir quand je pâlis, s'il ne doit plus me croire morte quand je suis en retard de cinq minutes, s'il ne doit plus se sentir seul au monde et me détester quand je ris sans qu'il sache pourquoi, s'il doit devenir près de moi le monsieur Hémon, s'il doit appendre à dire « oui », lui aussi, alors je n'aime plus Hémon.

CRÉON – Tu ne sais plus ce que tu dis. Tais-toi.

ANTIGONE – Si, je sais ce que je dis, mais c'est vous qui ne m'entendez plus. Je vous parle de trop loin maintenant, d'un royaume où vous ne pouvez plus entrer avec vos rides, votre sagesse, votre ventre. (Elle rit.) Ah ! je ris, Créon, je ris parce que je te vois à quinze ans, tout d'un coup ! C'est le même air d'impuissance et de croire qu'on peut tout. La vie t'a seulement ajouté ces petits plis sur le visage et cette graisse autour de toi.

CRÉON, la secoue. – Te tairas-tu, enfin ?

ANTIGONE – Pourquoi veux-tu me faire taire ? Parce que tu sais que j'ai raison ? Tu crois que je ne lis pas dans tes yeux que tu le sais ? Tu sais que j'ai raison, mais tu ne l'avoueras jamais parce que tu es en train de défendre ton bonheur en ce moment comme un os.

CRÉON – Le tien et le mien, oui, imbécile !

ANTIGONE – Vous me dégoûtez tous, avec votre bonheur ! Avec votre vie qu'il faut aimer coûte que coûte. On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu'ils trouvent. Et cette petite chance pour tous les jours, si on n'est pas trop exigeant. Moi, je veux tout, tout de suite, -et que ce soit entier- ou alors je refuse ! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite -ou mourir.

CRÉON – Allez, commence, commence, comme ton père !

ANTIGONE – Comme mon père, oui ! Nous sommes de ceux qui posent les questions jusqu'au bout. Jusqu'à ce qu'il ne reste vraiment plus la plus petite chance d'espoir vivante, la plus petite chance d'espoir à étrangler. Nous sommes de ceux qui lui sautent dessus quand ils le rencontrent, votre espoir, votre cher espoir, votre sale espoir !

CRÉON – Tais-toi ! Si tu te voyais en criant ces mots, tu es laide.

ANTIGONE – Oui, je suis laide ! C'est ignoble, n'est-ce pas, ces cris, ces sursauts, cette lutte de chiffonniers. Papa n'est devenu beau qu'après, quand il a été bien sûr, enfin, qu'il avait tué son père, que c'était bien avec sa mère qu'il avait couché, et que rien , plus rien ne pouvait le sauver. Alors, il s'est calmé tout d'un coup, il a eu comme un sourire, et il est devenu beau. C'était fini. Il n'a plus eu qu'à fermer les yeux pour ne plus vous voir. Ah ! vos têtes, vos pauvres têtes de candidats au bonheur ! C'est vous qui êtes laids, même les plus beaux. Vous avez tous quelque chose de laid au coin de l’œil ou de la bouche. Tu l'as bien dit tout à l'heure, Créon, la cuisine. Vous avez des têtes de cuisiniers !

CRÉON, lui broie le bras. – Je t'ordonne de te taire maintenant, tu entends ?

ANTIGONE – Tu m'ordonnes, cuisinier ? Tu crois que tu peux m'ordonner quelque chose ?

CRÉON – L'antichambre est pleine de monde. Tu veux donc te perdre ? On va t'entendre.

ANTIGONE – Eh bien, ouvre les portes. Justement, ils vont m'entendre !

CRÉON, qui essaie de lui fermer la bouche de force. – Vas-tu te faire, enfin, bon Dieu ?

ANTIGONE, se débat. – Allons vite, cuisinier ! Appelle tes gardes !




 Mise en scène










Analyse


Antigone / Créon ; le choix entre l’obéissance et la rébellion.

  1. L’argumentation de Créon.
Créon cherche à se justifier ; il utilise le champ lexical du devoir, la métaphore filée du navire de l’état en pleine tempête et de la cuisine. + nombreuses répétitions + nombreuses interjections pour capter l’attention.

Il utilise différents types d’arguments :
  • arguments affectifs : jeunesse d’Antigone + leur lien familial + avenir de femme et de mère + amour d’Hémon + horreurs familiales qu’elle ignorait [ avec vocabulaire trivial, cru, violence ]
  • arguments logiques : geste absurde + rites funéraires absurdes ; inutile donc de s’entêter.
  • arguments politiques : il faut conduire le bateau de l’état (sinon, c’est le désastre) / métaphore filée = argument-exemple, argument par analogie + la loi doit être respectée + l’ordre et le calme doivent régner + le « métier » politique impose qu’on fasse des exemples.

Il finit par ébranler Antigone, en s’adressant à la fois à sa nièce et à une citoyenne de la ville. Antigone comprend qu’elle est dans l’illusion. Elle consent à regagner sa chambre  « comme une somnambule »; elle choisit la vie.

  1. Le refus de la médiocrité.
Créon commet une « erreur tactique » ; il évoque son propre passé, compare ses aspirations de jeunesse à celles d’Antigone. Du coup, Antigone va réagir : déplacements, cris… jusqu’au paroxysme final ; elle choisit la porte qui s’ouvre sur l’espace politique.

Les raisons que donne successivement Antigone pour expliquer son geste :
  • raison culturelle, religieuse ;
  • raison affective (mon frère) ;
  • raison égoïste (pour moi) ;
  • raison intellectuelle (je veux être sûre de tout aujourd’hui – ou mourir)
Son choix de mourir apparaît donc comme un geste de désespoir, de renoncement devant la vie et ses nécessaires désillusions. La fuite en avant est inspirée par la peur de la déception et par le refus de grandir.

Elle réutilise la métaphore du « cuisinier », mais dans le sens accommodateur des ingrédients ou de bourreau. « Vous avez des têtes de cuisiniers »

Le paroxysme de la scène est atteint quand Créon cède à la colère qui est montée et veut la faire taire de force ; Antigone se débat et continue à crier.

  1. Le bonheur.
L’opposition entre les deux personnages se cristallisa autour de l’idée de « bonheur ».

Créon en a une conception simple ; ce sont les petites choses du quotidien, qui sont à l’échelle humaine ; « une petite chose dure et simple, qu’on grignote, assis au soleil », « un livre qu’on aime, un enfant qui joue à vos pieds, un outil qu’on tient bien dans sa main, un banc pour se reposer le soir devant sa maison », « un pauvre mot » ; bref, c’est tout ce à quoi il a dû renoncer depuis qu’il est roi. Pour lui, la vie, c’est accomplir son devoir en toutes circonstances.

Pour Antigone, le bonheur est « gris », sans couleurs (qui sont mièvres et convenues) ; c’est un état de latence, loin du regard contraignant et uniformisant des hommes ; c’est la nature à l’état sauvage. Elle refuse un bonheur mesquin, destiné à décroître et à se nourrir de mensonges, de compromissions, de lâcheté ; un bonheur qui ressemblerait à un os à ronger. Elle revendique la passion et ses excès, l’absolu et la plénitude immédiate. « Moi, je veux tout, tout de suite, – et que ce soit entier—ou alors je refuse ! »

C’est à la fois un conflit de générations (la jeunesse passionnée / la vieillesse raisonnable) et un conflit de valeurs (liberté / devoir, engagement).



vendredi 31 mai 2013

Les temps modernes, arts du visuel

En complément de ce qui est déjà sur le blog. 3 directions possibles.

I) Le film dans son ensemble.


Présenter l'auteur Charles Chaplin


http://fr.wikipedia.org/wiki/Charlie_Chaplin

Présenter le film (date, genre) & résumer l'histoire du film (cf synopsis).


http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Temps_modernes_(film)

Dominantes :

Certes, c'est un film burlesque : le personnage de Charlot / présence de toutes les formes de comique / le burlesque, un comique exagéré et amplement développé.

Mais c'est bien plus que ça : des passages mélodramatiques / une histoire d'amour / un contexte historique & économique dénoncé

C'est donc une oeuvre à portée universelle, un chef-d'oeuvre!



II) Les affiches du film.


3 affiches étudiées:



Analyse d'affiches Les Temps Modernes.


Rq : chaque affiche est ici étudiée séparément.
S'il y a plusieurs affiches du même esprit (ici, même illustrateur), il faut bien sûr présenter, dans un 1er temps, chacune (décrire puis analyser) ; puis, dans un 2ème temps, faire ressortir les points communs (ici en italiques).
S'il y a des affiches très différentes, il faut dans un 1er temps présenter (décrire puis analyser) chacune. Puis, dans un 2ème temps, analyser points communs & différences, en commençant par les moins nombreux.
Enfin, il faut évaluer, personnellement, si vous trouvez que c'est une bonne affiche, ou pas, pour le film... en justifiant.

Affiche 1 :

Description :

Au 1e plan, on voit une échelle « dans le vide », dont le haut est recourbé. Au 2nd plan, on voit un grand chapeau noir rempli d'engrenages et de rouages, dont la base est courbée et sur lequel un homme en costume est assis à califourchon ; dans sa main gauche, il tient un chapeau melon et une canne ; dans sa main droite, il tient une burette à huile en forme de cœur.

Le titre est placé au bas de l'affiche, mis en valeur par la couleur rouge. En haut, le nom de l'acteur.


Analyse :

Avec ses cheveux noirs, sa moustache et ses accessoires, on identifie immédiatement le personnage de Charlot. Par ailleurs, l'échelle a la forme de sa canne et la machine, la forme de son chapeau.

Le titre suggère une nouvelle époque, marquée par le machinisme dont les engrenages occupent l'essentiel de l'espace. Charlot huile les engrenages avec un/son cœur, comme s'il apportait de l'humanité, de l'amour dans un monde de machines.

Il garde son équilibre, alors que la situation devrait le déséquilibrer puisque ses deux mains étant occupées, il ne peut pas prendre appui ; la situation est donc burlesque et Charlot doit s'adapter à une situation difficile.

Ccl : Le thème du film est donc la confrontation homme / machine, évoquée sur le mode burlesque.


Affiche 2 :

Description :

On voit, de face, un personnage coupé en deux. Dans la partie droite, le bras, le buste et la jambe tendue sur le côté sont « constitués » d'éléments métalliques et la main tient une clé ; sous le « pied », les rouages miment un patin à roulettes ; à l'arrière-plan, on distingue un ensemble de rouages.

Dans la partie gauche, on voit la tête, coiffée d'un chapeau melon noir, le bras, le buste et la jambe d'un homme en veste noire et pantalon gris à rayures noires, tenant dans sa main une canne et, sur son bras recourbé, un petit couple constitué du même homme en miniature, portant sur son épaule un baluchon pendu à une canne, et d'une femme en robe rouge. La jambe est pliée et le pied est sur un patin à roulettes.

Le titre est placé au bas de l'affiche, mis en valeur par la couleur rouge. En haut, le nom de l'acteur.


Analyse :

Le costume sombre, les cheveux noirs, la moustache, le chapeau melon et la canne permettent d'identifier immédiatement le personnage de Charlot.

Le titre suggère une nouvelle époque, marquée par le machinisme représenté par le côté droit qui montre un humain déshumanisé par la machine, transformé en robot.

Dans le côté gauche (côté « cœur ») apparaissent les éléments qui ont une relation avec l'humain. Le visage est tourné vers sa droite, regardant le couple qui semble heureux, composé de lui-même et d'une femme en rouge, couleur de l'amour, élément fondamental dans l'affiche, qui ressort nettement.

Sur des patins à roulettes, Charlot garde son équilibre, alors que, sur des patins et les deux mains occupées, la situation devrait le déséquilibrer ; la situation est donc burlesque et Charlot doit s'adapter à une situation difficile.

Ccl : Le thème du film est donc la confrontation homme / machine, évoquée sur le mode burlesque.







Autre affiche, pour la version remasterisée.


III) La séquence initiale du film.





Analyse (cf formulation de l'académie de Caen)


Il s’agit de montrer aux élèves les difficultés socio-économiques de l’Amérique des années


1930, à travers le personnage d’un ouvrier, à la fois employé « modèle » et gaffeur.

Le générique :

1) Quels instruments sont utilisés pour la musique? Il y a des sons de fanfares : trompettes

puis violons.

2) A quel genre la musique peut-elle faire penser ? La musique ressemble aux annonces de

cirque ensuite elle devient dramatique. Elle a été composée par Charlie Chaplin comme le précise le générique.

Plan fixe :

Quel est l’objet qui figure dans ce plan fixe ? C’est une horloge qui est tellement grande  qu’elle dépasse le cadre de l’écran.

Quel pourrait être le lien entre cet objet et la thématique du film ? L’horloge indique que le  temps est compté, précieux, que l’homme court après le temps, le mouvement de l’aiguille rappelle la cadence de travail à l’usine. L’ouvrier est lié à la course à la productivité.

Le générique du film donne le ton par un avertissement au spectateur qui est fourni dès les premières secondes du générique : « Ceci est l’histoire de l’industrie, de l’entreprise individuelle, de l’humanité à la conquête du bonheur ».

D’après cet avertissement, quels sont les thèmes mis en avant par Chaplin ? La dénonciation de la société industrielle, la critique du progrès, une attaque de l’exploitation de l’homme par l’homme à travers la machine.

Les premiers plans :

Quel angle est utilisé pour filmer les moutons ? Il s’agit d’une plongée.

Regarde le centre de l’image. Que remarques-tu ? Il y a un mouton noir, qui symbolise Charlot, celui qui ne suivra pas comme les autres moutons.

Comment les deux plans sont –ils montés ? Pourquoi ? Chaplin utilise le fondu enchaîné afin de comparer les ouvriers à des moutons. Le travail à l’usine est déshumanisant, abrutissant. Les deux plans se juxtaposent, liés par le même thème musical, et forment ainsi une métaphore.

Ce plan est aussi en plongée : les hommes sont écrasés par leur tâche ouvrière.


L’usine :
Comment l’usine est-elle placée dans le plan ? Elle occupe les deux tiers de l’image, elle est imposante, gigantesque.

Quelle est la place des ouvriers sur ce plan ? Ils sont sous l’usine, en tout petit.

Quelle est l’impression produite ? Les ouvriers sont écrasés, avalés par l’usine.

Que font les ouvriers ? ils pointent

Comment leur crainte d’être en retard est-elle mise en évidence ? Ils se pressent, courent, se bousculent…

Les machines :

Quel élément occupe le plus de place dans le plan ? Pourquoi ? Les turbines occupent plus de place que l’homme qui est en minorité. Elles symbolisent les rythmes du travail auxquels les ouvriers doivent s'adapter.

Quel est la place de l’ouvrier ? Il est sous les machines qui sont beaucoup plus grandes que lui. Les dimensions sont déformées, les roues sont énormes.


Les différents personnages et leurs relations

Que fait le patron ? Il joue, il lit Tarzan….

En quoi son attitude s’oppose-t-elle à celle des ouvriers ? Il est calme, apaisé, il ne travaille pas

Selon vous, quelle image Chaplin cherche-t-il à donner du patronat ? Ils sont oisifs, ils sont payés à ne rien faire, peut-être jouent-ils avec la vie des ouvriers.

Quel objet montre la modernité de l’usine dans ce plan ? Le patron a un écran de contrôle.

En quoi cet objet montre-t-il son pouvoir ? il peut tout contrôler de son bureau ; les machines, mais aussi les ouvriers.

En quoi cet objet met-il en évidence la différence entre le patron et ses ouvriers ? Grâce à la vidéosurveillance, le patron n’a même plus besoin d’entrer en contact avec ses ouvriers.

Pourquoi avoir utilisé un bruit de cloche au début du plan ? ça permet de comparer le contremaître à un domestique qui répond quand on le sonne

Quelle est la réaction du contremaître ? Il accourt, il s’arrête en faisant un salut militaire et il s’exécute

Charlot, la machine et les autres ouvriers

Comment Charlot est-il filmé ? Selon vous pourquoi ? Il est filmé en légère contre plongée,pour insister sur sa faiblesse face à la machine

Qu’est-ce qui différencie Charlot des autres ouvriers ? Il se laisse déconcentrer, il ne se laisse pas encore dicter sa loi par la machine car il s’arrête plusieurs fois alors que la machine continue de tourner.

En quoi la réaction de ses collègues montre qu’il n’existe pas de solidarité entre les ouvriers ? Ils lui reprochent de s’arrêter, ils n’hésitent pas à le violenter.

Comment Charlot met-il fin au menace de son collègue ? Il lui montre que La machine redémarre

En quoi cela montre-t-il que la machine « gouverne la vie des ouvriers » ? Ils arrêtent ce qu’ils sont en train de faire dés que la machine redémarre.

Comment se comporte Charlot après avoir été  remplacé par son collègue ? Il continue à visser des écrous dans le vide, comme un automate.

Que cherche à montrer le réalisateur ? Il montre que les ouvriers sont rendus fous par le travail à la chaîne.

Quel changement remarque-t-on au niveau de la musique quand Charlot entre aux toilettes ? elle devient plus douce, le rythme se ralentit.

Comment se comporte Charlot ? Il semble apaisé

Que cherche à montrer le réalisateur ? Que Charlot est quelqu’un de tout à fait normal quand il n’est pas à la chaîne.

Quelle est la réaction du patron ? Il le renvoie au travail.

La machine à nourrir

Quelle impression donne la musique quand l’inventeur entre dans le bureau du patron ? musique « conquérante », trompettes, comme pour célébrer les victoires

Quel procédé utilise l’inventeur pour mettre en avant la modernité de son invention ? Il ne parle pas, mais diffuse un discours enregistré sur un gramophone.

Quels sont les arguments mis en valeur par le discours de l’inventeur ? sa machine permet de faire manger les ouvriers sans interrompre leur travail. Gain de temps, donc gain d’argent pour le patron

Comment Charlot est-il installé dans la machine à nourrir ? Il est comme enfermé, pris au piège de la machine.

Quels sont les plans choisis pour mettre en évidence son inquiétude ? légère contre plongée, plan poitrine pour montrer les expressions de son visage

Comment le réalisateur met-il en évidence le fait que la machine est hors de contrôle ? Elle ne réagit pas à l’intervention de l’inventeur

Les vendeurs ont-ils l’air de se préoccuper de Charlot ? Non, ils ne s’intéressent qu’à la machine.


Quel plan est utilisé pour mettre en évidence le fait qu’il va se passer quelque chose avec les écrous ? un très gros plan ou insert, afin d’attirer l’attention du spectateur sur ces deux écrous.

Comment le réalisateur insiste-t-il sur le fait que l’inventeur et sa machine se « moquent » bien des ouvriers ? Charlot finit par recevoir une tarte à la crème en pleine figure.

Charlot est rendu fou par la machine

Qu’arrive-t-il à Charlot ? Charlot est entraîné dans la machine

Quelle impression donne cette séquence ? Cela donne l’impression qu’il est avalé par la machine. Avec une sorte de gueule par laquelle entre d’abord Charlot, avant qu’on ne découvre derrière une sorte de tube digestif.

Selon-vous que veut montrer le réalisateur en « faisant » ressortir Charlot de la machine ? Mettre en évidence le fait que Charlot ne se laissera finalement pas absorber par la machine et son travail. Il est donc différent des autres.

Comment se comporte Charlot en sortant de la machine ? Comme un fou, il « visse » le nez de ses collègues, les boutons de la secrétaire

Quels changements remarquez-vous alors au  niveau de la musique ? Elle devient nettement plus gaie et accompagne les mouvements et la folie de Charlot

Quel plan à choisi le réalisateur pour montrer la dame qui marche dans la rue ? plan poitrine

En quoi ce plan laisse-t-il présager de ce qui  va se passer par la suite ? il permet de mettre en évidence ses boutons en forme d’écrous


Qu’est-ce qui montre que la folie de Charlot est compatible avec les réflexes des ouvriers ? Il pointe quand il rentre dans l’usine.

En quoi l’attitude de Charlot lui permet de se venger de la machine et de ses collègues ? Il détruit la machine en la manipulant n’importe comment, puis il asperge ses collègues d’huile

Qu’est-ce qui montre que ses collègues sont comme des automates, contrôlés par la machine ? Dés que Charlot remet la chaîne en route, ils se remettent au travail et arrêtent de le poursuivre.

Comment se plan permet-il de mettre en évidence la différence entre Charlot et ses collègues ? Il se retrouve au dessus d’eux, et même au dessus de son patron.

Selon vous, quel message cherche à faire passer le réalisateur à travers se plan ? Il veut montrer que Charlot est quelque de libre (vol au dessus des autres)



jeudi 30 mai 2013

Carmen, arts du langage, de la musique et du spectacle vivant

I) La nouvelle de Prosper Mérimée.

Présentation de l'auteur

  http://fr.wikipedia.org/wiki/Prosper_M%C3%A9rim%C3%A9e

Présentation de l'oeuvre et résumé



Résumé court de geoffrey13

Lors d’une expédition en Andalousie (Espagne), le narrateur va faire connaissance du plus grand brigand du pays, José Navarro. C’est à Courdoue, lorsqu’il le reverra pour le deuxième fois, qu’il apprendra la terrible histoire de cet ancien soldat d’origine basque, prit d’un amour fou pour une bohémienne, Carmen ... C’est lorsqu’elle poignarda une collègue, que Don José fut chargé de l’arrêter et de l’emmener au poste de police.

    Mais en chemin, aveuglé par l’amour qu’il éprouvait à son égard, il la laissa partir. Il fut renvoyé de son poste de soldat et déserta. C’est alors que pour gagner sa vie, Don José devint un contrebandier. Il apprit alors que Carmen était mariée à un autre homme, Garcia le Borgne, qui n’était autre qu’un de ses camarades. Jaloux de cette union, il décida de le tuer afin de récupérer sa douce.

    Après l’avoir recherchée durant plusieurs semaines, il la retrouva dans les bras d’un toréador nommé Lucas. Guidé par le chagrin et la colère, José Navarro la tua et l’enterra dans un bois. Prit de remords, il se rendit à la police et fut condamné à mort sans rémission possible.

Présentation plus complète:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Carmen_(nouvelle)

Etude d'un passage clé : le dénouement (fin du chapitre 3) La mort de Carmen


Situation du passage :
Ce texte se situe à la fin du chapitre III, il s'agit du dénouement de l'histoire de Carmen . Le chapitre IV est une étude sur les bohémiens en Europe sans rapport avec l'intrigue qu'on vient de suivre, il s'agit donc du réel dénouement de la Nouvelle.
Don José a tué Garcia et propose à Carmen un nouveau départ, il l'amène dans un coin isolé. A la page 101, le lecteur est préparé à la violence de ce qui va suivre :
" Carmen, lui dis-je, voulez-vous venir avec moi ?
" Je te suis à la mort, oui, mais je ne vivrai plus avec toi. "

Lecture
Dans une lecture méthodique nous étudierons ce passage comme un meurtre passionnel et donc amoureux, puis nous verrons qu'il s'agit davantage d'un meurtre rituel, sorte de corrida, pour enfin constater que ce dénouement est un aboutissement logique dû aux origines des deux protagonistes.

A) Un meurtre passionnel
L'histoire racontée par Mérimée (utilisant différents enchâssement) est une histoire d'amour, de passion et de mort. Le meurtre auquel on assiste ici est avant un meurtre passionnel, dénouement d'une tragédie amoureuse.
Le texte commence par " nous " qui associe grammaticalement les amants dans un rendez-vous secret : " gorge solitaire ". Ce lieu est un indice, il s'agit du dénouement car le lieu est le même qu'au début (l.27)
La passion amoureuse semble encore présente, Carmen est toujours aussi provocante (s'agit-il d'un rendez-vous amoureux ?)
" ôta sa mantille " (geste identique à celui de la rencontre)l.1687 à 1689
" la jeta à ses pieds "
" poing sur la hanche "
" me regardant fixement "
Ces gestes sont toujours aussi sensuels mais ils participent également au rituel dont on parlera en 2.
Le champ lexical de l'amour est omniprésent :
l.1694 : " Carmen ! ma Carmen ! laisse-moi te sauver et me sauver avec toi. "
l.1696 : " Je ne t'aime plus ; toi tu m'aimes encore " (tout est dit ici)
l.1703 : " Tu aimes donc Lucas ? "
Oui j'ai aimé et 4 fois le verbe + plaire. (lignes 1705 à 1709)
" T'aimer encore " l.1710
Les mots utilisés soulignent le caractère passionnel de la situation : si Don José tue Carmen, c'est parce qu'il l'aime. Lorsqu'elle jette la bague, symbole d'alliance, il la tue.
L'arme du crime est également symbolique, il tue Carmen avec le couteau de Garcia (voir l.1471)
C'est bien le crime passionnel d'un mari trompé ou d'un amant jaloux.
Cependant, d'autres facteurs entrent en jeu pour interpréter cette scène. Nous assistons aussi à un meurtre rituel, une mise à mort préparée depuis longtemps, l'issue fatale était inéluctable.



B) Un meurtre rituel
Les métaphores qui rapprochent cet affrontement ultime à une corrida sont nombreuses :
- la posture de Carmen (l.1687 à 1689)
- l'absence de peur face à la mort , Carmen continue à provoquer Don José même si elle sait qu'il va la tuer. " J'aurais voulu qu'elle eût peur et qu'elle me demanda grâce, mais cette femme était un démon. "
" Je crois encore voir son grand œil noir me regarder fixement " : fait penser au jeu des regards entre le torero et le taureau.
Le coup de grâce : " Je la frappais deux fois " est rendu d'autant plus violent avec une syntaxe très rapide et l'utilisation du passé simple.
Don José n'hésite pas et le récit est brutalement stoppé par ce qui ressemble à une véritable mise à mort :
" Elle tomba au second cou, sans crier "
Carmen ne conteste pas, elle accepte le châtiment car c'est elle qui l'a choisi :
l.1711 : " T'aimer encore, c'est impossible, vivre avec toi je ne le veux pas " Elle choisit donc la mort .
Toute la force du personnage de Carmen, libre de choisir sa mort, prend toute sa dimension ici et malgré la plainte de Don José dans la dernière phrase : " Pauvre enfant ! ", c'est lui qui paraît pitoyable et Carmen qui prend une stature héroïque tragique.
Ce meurtre est cependant également un accomplissement.

C) Un accomplissement
Une opposition fondamentale entre les protagonistes rendait ce dénouement inévitable.
C'est avant tout une opposition ethnologique selon Mérimée. Nous avons déjà souligné l'importance qu'avaient les origines basques de Don José : une liaison avec une femme est pour lui éternelle, jusqu'à la mort. Cette idéologie vient de l'orthodoxie catholique très forte chez les basques.. Cette orthodoxie catholique apparaît dans tout le rituel qui suit le meurtre de Carmen :

- " Je lui creusai une fosse avec mon couteau. " (passage à rapprocher de la volonté frénétique du chevalier Des Grieux à creuser une tombe pour Manon dans Manon Lescaut).
- " Je cherchai longtemps sa bague et je la trouvai à la fin " : cette bague est symbole de pacte et d'alliance (connotation religieuse)
- " Je la mis dans la fosse auprès d'elle avec une petite croix "
- Fait faire une prière pour les morts et dire une messe (requiem)
Don José a en fait libéré sa conscience avec les rites de son ethnie (il en est conscient lorsqu'il dit " Peut-être ai-je eu tort " ligne 1728) alors que Carmen est restée fidèle à sa culture (voir lignes 1696 et suivantes) :
" Je pourrais bien encore te faire quelque mensonge ; mais je ne veux pas m'en donner la peine "

De plus, Carmen affirme son appartenance à son peuple en parlant d'elle à la troisième personne :
Lignes 1700 à 1701 : " Comme mon rom, tu as le droit de tuer ta romi ; mais Carmen sera toujours libre. Calli elle est née, calli elle mourra. "

Les deux protagonistes restent donc fidèles à eux-mêmes jusqu'au bout.


Conclusion :
Ce passage constitue un dénouement à part entière et donne toute sa force à la tragédie du destin de Carmen. Le lecteur peut s'étonner d'avoir à tourner la page pour lire un chapitre qui, si intéressant soit-il, ne peut être jugé que comme un supplément qui n'était pas indispensable. On restera avec le regard noir de Carmen comme l'a dit Louis Ernault en 1853 :
" On ferme le livre, et on voit encore ce grand œil noir mourant, à demi éteint, à la fois fixe et vague. "
Carmen morte entre dans la légende pour devenir un véritable mythe féminin.


 

Bilan : les personnages


ANALYSE  DES  CARACTERES.

DON  JOSE :

INTRO : un personnage ambigu, dont on découvre différents aspects dans la nouvelle ; une évolution négative.

I.                    Un honnête homme.

← naissance, famille noble ; éducation religieuse…cf. autoportrait.
← valeurs du travail, incessant ; choix de la carrière militaire, qu’on lui promet brillante.
← défend son honneur, par le duel (raison de son éloignement de sa région natale).
← naïveté, timidité ; aspect provincial.

II.                 Un homme honnête.

← même contrebandier, il respecte certaines valeurs :  « Je ne suis Egyptien que par hasard ; et pour certaines choses, je serai toujours franc Navarrais » ; Remendado ; refus du plan lâche de Carmen pour supprimer le Borgne.
← rapport avec le narrateur, gestes, attitudes, parole, confiance…
← volonté de changer de vie, lassitude ;
← se réfugie dans la religion, avant de tuer Carmen comme en prison.


III.               Un amoureux intransigeant.

← aveuglé par sa passion, une fois qu’elle est née ; « tout comme un homme ivre ». Accepte de changer ses valeurs, son mode de vie, son métier…
← quand il aime, aime passionnément ; fait tout pour Carmen, lui offre des cadeaux, accepte ses « conquêtes pour affaires »…
← a de plus en plus de mal à accepter la liberté de Carmen ; tue le lieutenant par accident, le Borgne de façon préméditée.
← refuse d’admettre l’incompatibilité entre « chien » et « loup » ; tue Carmen, qu’il aime pourtant profondément.

CCL : un personnage vertueux, qui rencontre le diable et est perverti par lui. Attachant, sincère et noble, de naissance et de cœur. La morale est sauve, les châtiments sont « mérités ». Mais l’amour aussi est sauf, puisque la passion n’est liée à la mort que pour s’idéaliser dans la survie.


CARMEN


INTRO : une femme mystérieuse, au cœur de la nouvelle éponyme. Un personnage entier.

I.                    Une Bohémienne.

← physique, vêtements.
← activité : bonne aventure, vol, travail … selon les opportunités.
← vie nomade ; sentiments volages.

II.                 Le diable.

← provocante, séductrice. Cherche à se faire remarquer ; attirée par ceux qui ne lui « rendent pas hommage ».
← use, et abuse, de son charme ; se fait entretenir. Joue avec les hommes.
← le dit elle-même ; prévient Don José, dont elle a senti la pureté…
← n’a pas peur de la mort.

III.               Une femme fragile.

← s’attache à Don José ; l’aime sincèrement ; est blessée par son intransigeance.
← a pressenti la fin
← revendique une liberté absolue

CCL : fière et hautaine, passionnée aussi ; en conflit avec les valeurs représentées par Don José, elle prend son parti de leur incompatibilité, mais refusera de céder à la peur, quitte à perdre sa vie.



II) L'opéra de Georges Bizet.


 Présentation de l'auteur


http://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Bizet

 Présentation de l'oeuvre & résumé du livret :


http://fr.wikipedia.org/wiki/Carmen_(op%C3%A9ra)


Extraits sonores :





Une particularité : la habanera   

http://fr.wikipedia.org/wiki/Habanera



SYNTHESE : L'Opéra, transposition ou adaptation de la nouvelle ?


Rq: Ce travail est celui d’un élève; seuls les passages entre crochets (introduction et conclusion en particulier) ont été modifiés.


                [A l’opéra qu’il compose en 1875, Georges Bizet donne le titre  Carmen, titre de la nouvelle écrite trente ans plus tôt par Prosper Mérimée. Il reprend donc le titre éponyme, qui place la jeune femme au centre de l’histoire, créant un effet d’attente pourtant un peu émoussé puisque l’histoire est connue par une partie du public, la nouvelle ayant connu un grand succès.
On peut donc se demander si l’œuvre du compositeur est une simple transposition dramatique, d’un texte écrit à une mise en scène musicale ; ou bien s’il s’agit d’une adaptation, avec les modifications personnelles qui en résultent et les conséquences par rapport à la portée de l’œuvre.]



Tout d’abord, il faut bien avouer qu’il y a un grand nombre de points communs. D’une part, l’endroit où se passe l’histoire est le même : Séville ; et d’autre part, l’ambiance espagnole est présente dans les deux œuvres. Par exemple, comme le narrateur [de la nouvelle] est un savant, il est intrigué par les coutumes de ce pays, s’informe et nous explique quelquefois celles-ci, comme [la valeur de l’échange d’un cigare ou les particularités de prononciation]. Et, dans l’opéra, cette ambiance est aussi très présente, notamment parce que cet opéra est réellement tourné dans le pays : il y a donc les paysages et vêtements qui concordent parfaitement ; de plus, les musiques sont tout à fait de la région et montrent très bien l’ambiance populaire qui règne en Espagne. Par exemple, avec la marche du Toréador, lorsque ce dernier entre dans l’arène, lors du prélude, ou les enchaînements lent-rapide des chansons de Carmen, typiques du pays, [ou encore le choix des instruments et des percussions en particuliers].
L’histoire est aussi la même : le brigadier Don José [rencontre] Carmen, la laisse s’échapper [quand il l’emmène en prison, après avoir dû l’arrêter à la manufacture de cigares, tombe amoureux au fur et à mesure de leurs rencontres, doit déserter suite à un meurtre] et la retrouve dans un repaire de contrebandiers. Puis, son désespoir se transformant en colère, il la poignarde lorsqu’elle aime [un toréador]. Cette ambiance tragique est donc aussi présente et l’histoire reste globalement la même.
Il faut [enfin] admettre que les personnages restent fidèles à eux-mêmes : on retrouve les mêmes, Don José et Carmen, et ils ont le même caractère. Carmen, par exemple, est toujours aussi effrontée, provocante : [par ses attitudes et ses paroles dans la nouvelle, comme lorsqu’elle se moque de l’épinglette de Don José lors de la première rencontre et qu’elle lui envoie une fleur de cassie entre les deux yeux ; ] par ses danses et ses chants enivrants[dans l’opéra], notamment dans le taverne. Et Don José reste impuissant face à elle, l’aimant et abandonnant tout pour elle. [ Bizet s’est donc largement inspiré du texte de Mérimée.]

Toutefois, il y a aussi des différences. [A commencer par le fait que ] le narrateur  [de la nouvelle], le savant, est enlevé [dans l’opéra] puisqu’il n’a plus d’utilité, et ce qu’on apprenait de lui  nous est appris par d’autres personnages [qui s’expriment au fur et à mesure des dialogues de l’opéra]. Il y a aussi des personnages rajoutés : comme Escamillo et Mickaëla. Escamillo est en fait Lucas [de la nouvelle] et, n’ayant plus de narrateur [à l’opéra], il prend plus d’importance que dans la nouvelle ; et Mickaëla est la fiancée de Don José par qui on apprend ses origines et ses qualités. De plus, il y a aussi les deux compagnes de Carmen, qui sont [très peu] présentes dans la nouvelle [où elles ne sont même pas individualisées et nommées, alors qu’elles sont très importantes dans l’opéra, où ] elles accentuent le côté tragique de l’histoire, lors de la scène des cartes où Carmen apprend sa mort, [scène qui est quasi inaugurale dans l’opéra, alors qu’elle n’est évoquée qu’a posteriori, à la fin de la nouvelle].
[Il y a donc aussi un traitement différent de la chronologie et] un déroulement plus rapide de l’histoire dans l’opéra puisque cela fait appel au visuel ainsi qu’à l’auditif. On a, par exemple, un contact direct avec les acteurs et on n’a plus besoin du narrateur, qui avait un rôle d’intermédiaire dans la nouvelle. Puis, il n’y a donc plus de pauses provoquées par les longues descriptions de celui-ci, [descriptions physiques de personnages, de paysages d’ambiances ou d’atmosphères], puisque dans l’opéra, c’est visuel donc beaucoup plus facile à comprendre et à voir. De plus, les musiques accentuent aussi les différents aspects : par exemple tragique lors de la scène des cartes où on apprend la future mort de Carmen, ou encore gaie lors de ses chansons bohémiennes à la taverne de Lillas Pastia.
Et enfin, l’histoire change un peu puisque Don José tue Carmen après qu’elle veuille rejoindre Escamillo à la suite d’une corrida et non, comme dans la nouvelle, après qu’il lui demande de l’accompagner dans le Nouveau Monde où elle refuse d’aller, lui annonçant son absence de sentiments. [ Il y a donc de sensibles différences entre les deux œuvres.]

[Et ces différences modifient considérablement la portée de chacune. Dans la nouvelle, la jalousie n’est pas le mobile du meurtre final ; il s’agit bien plutôt de la revendication de Carmen pour une liberté  absolue, liberté qui représente un danger pour Don José alors que Carmen lui lance « Tu ne m’aimes pas ». L’amour est alors pris au piège et s’abîme dans la mort, revendiquée par Don José comme l’apothéose de la passion. Mais l’œuvre de Mérimée est bien le témoignage d’une insurrection sociale.
Au contraire, Bizet  fait de cette histoire un drame de la jalousie. Les circonstances sont bien différentes, et le rôle, primordial dans l’opéra, joué par Escamillo le prouve bien. Don José tue Carmen à cause de lui ; pas d’elle-même. La portée de cet opéra est donc bien moindre.



 REMARQUE :
Dans l'opéra, l'image de la corrida dans la mort de Carmen est encore plus évidente, les librettistes introduisent en musique de fond une corrida où Lukas torée (plus évident encore dans le film de F.Rosi où le parallèle existe grâce au montage des images)
Le texte de Mérimée y est repris en une sorte de récitatif (ce n'est pas un chant)
Fin de l'opéra : " C'est moi qui l'ai tué, ma Carmen adorée ", cet oxymore qui met en relation à la fin Eros et Thanatos met en présence les deux principes symboliques de toute l’œuvre.
(voir le jugement de Wagner donné au début sur cette fin dans l'opéra).