lundi 1 juin 2015

Le Soldat, Florent Pagny ou la réécriture artistique d'une lettre de Poilu

 



INTRODUCTION  GLOBALE : 

Le Soldat, in Vieillir avec toi de Florent Pagny , 2013.
Interprète : Florent Pagny ; musique de Calogero, paroles de Marie Bastide.

Les paroles de la chanson de Florent Pagny, Le Soldat, résonnent peut-être encore plus fort en cette première année du centenaire de la Première Guerre Mondiale. Une chanson inspirée des lettres des Poilus envoyées à leurs épouses, mères, familles - des missives chargées d'espoir avant que l'Histoire ne vienne les contredire. L'artiste participe ainsi, à sa façon, au devoir de mémoire.
C'est à l’Ossuaire de Douaumont, en Lorraine, à Massiges, en Argonne marnaise et dans la Vallée de la Marne que l'artiste est allé se recueillir, sur les terres où le combat féroce et intense s'est déroulé il y a maintenant presque 100 ans.
Pour les besoins du clip de sa chanson, l'artiste a décidé de rendre hommage aux dizaines de milliers de soldats morts pendant la tristement célèbre bataille de Verdun en 1916 ; il est donc venu tourner des images à l'ossuaire de Fleury-devant-Douaumont, près de Verdun, où sont conservés pour l'éternité, dans la célèbre nécropole, les restes des innombrables soldats morts sur le champ de bataille… Tandis que l'artiste déambule au milieu de ces lieux chargés d'histoire, l'air fermé et sérieux, il nous invite à revivre le parcours d'un soldat, qui raconte dans ses lettres l'enfer de la première Guerre Mondiale à sa dulcinée. Livrant bataille dans les tranchées boueuses, entre deux charges, il écrit de longues lettres à une certaine Augustine, qu'il a bien évidemment hâte de retrouver. Un destin tragique pour une histoire néanmoins puissante : des années plus tard, Florent Pagny vient donc se recueillir sur la tombe de ce soldat, Valentin GRANDET, son ancêtre fictionnel sans doute, en compagnie d'un petit garçon, digne héritier de la mémoire familiale, le jeune Hugo Becker, (acteur originaire de Metz, connu pour avoir jouer le rôle de Louis Grimaldi dans la série Gossip Girl). Des passionnés qui appartiennent à l’association “Le Poilu de la Marne” ont également été conviés à jouer les figurants. Une expérience à la fois intéressante et émouvante pour ceux qui ont répondu présent.
Des images touchantes qui servent à merveille la balade composée par Calogero.


PAROLES  DE  LA  CHANSON : 

Le Soldat, in Vieillir avec toi de Florent Pagny , 2013.
Interprète : Florent Pagny ; musique de Calogero, paroles de Marie Bastide.

A l'heure où la nuit passe au milieu des tranchées
Ma très chère Augustine, je t'écris sans tarder
Le froid piqué me glace et j'ai peur de tomber
Je ne pense qu'à toi...

[Refrain] Mais je suis un soldat
Surtout ne t'en fais pas
Je serai bientôt là
Et tu seras fière de moi

A l'heure où la guerre chasse des garçons par milliers
Si loin de la maison, et la fleur au canon
Ces autres que l'on tue sont les mêmes que moi
Mais je ne pleure pas...

[Refrain] Car je suis un soldat
Surtout ne t'en fais pas
Je serai bientôt là
Et tu seras fière de moi

A l'heure où la mort passe dans le fleuve à mes pieds
De la boue qui s'en va, des godasses et des rats
Je revois tes yeux clairs j'essaie d'imaginer
L'hiver auprès de toi...

[Refrain] Mais je suis un soldat
Je ne sens plus mes bras
Tout tourne autour de moi
Mon Dieu sors-moi de là

Ma très chère Augustine, j'aimerais te confier
Nos plus beaux souvenirs, et nos enfants rêvés
Je crois pouvoir le dire nous nous sommes aimés
Je t'aime une dernière fois...
[Refrain] Je ne suis qu'un soldat
Non, je ne reviendrai pas
Je n'étais qu'un soldat
Prends soin de toi




Analyse HDA de l’œuvre « Le Soldat »: un texte, une musique, des images.

Introduction :
Chanson interprétée par Florent Pagny dans l'album Vieillir avec toi de 2013, sur une musique de Calogero et des paroles de la compagne de ce dernier, Marie Bastide. Le clip, réalisé par Géraldine Maillet pour Nolita Cinéma, est tourné à l’Ossuaire de Douaumont, en Lorraine, à Massiges, en Argonne marnaise et dans la Vallée de la Marne l'artiste est allé se recueillir, sur les terres où le combat féroce et intense s'est déroulé il y a maintenant presque 100 ans.
+ Les artistes ; biographies sélectives (dates / formation / genre / particularités, thèmes/ œuvres majeures)

I) Une œuvre, à la croisée des genres.
Une chanson :
- présence de refrains, à la fois :
* identiques, sur le plan musical + phrase récurrente « Je ne suis qu'un soldat »,
* différents, qui varient et qui progressent (connecteurs Mais / Car / Mais / plus rien ; opposition « je serai bientôt là » R1 / « je ne reviendrai pas » R2)
- des couplets, identifiés musicalement, renforcés par l'anaphore « A l'heure où... »
- une musique

Mais aussi une lettre :
- apostrophe du destinataire, en formule épistolaire + mention explicite « je t'écris » + adresses régulières au destinataire (fonction conitive)
- évocation du contexte de l'auteur (fonction référentielle) et, surtout, de sa situation, de ses sentiments et de leur évolution (fonction expressive)
- jeu des temps ; inscription de la lettre dans une « discussion », partage d'une situation, entre passé (« je revois tes yeux clairs » S.3 / « nos enfants rêvés » S.4) et futur (« je serai bientôt là » R1)

Mais aussi un poème :
- quatrains d'alexandrins, le dernier de chaque strophe étant inachevé, pour marquer la rupture ;
- rimes plates S.1 et refrains, croisées S3 ; pour S.2 & S.4, on reste dans l'assonance [e] ou [a]... sauf « canon » !!! , qui souligne l'omniprésence de la mort !

Des images, des histoires :
Le clip mêle une histoire « passée » (photogramme 1) et une histoire « actuelle » (photogramme 2). Tandis que l'artiste lui-même déambule au milieu d'un cimetière militaire chargé d'histoire, l'air fermé et sérieux, il nous invite à revivre le parcours d'un soldat, qui raconte dans ses lettres l'enfer de la première Guerre Mondiale à sa dulcinée. Livrant bataille dans les tranchées boueuses, entre deux charges, il écrit de longues lettres à une certaine Augustine, qu'il a bien évidemment hâte de retrouver. Un destin tragique pour une histoire néanmoins puissante : des années plus tard, Florent Pagny vient donc se recueillir sur la tombe de ce soldat, Valentin GRANDET, soldat du 14ème R.I, son ancêtre fictionnel sans doute, rejoint par un petit garçon (photogramme 2) , vêtu du même manteau noir, digne héritier de la mémoire familiale.

Une œuvre très travaillée, à la croisé des genres.

II) Un texte, une musique et des images d'amour :
Cette œuvre est d'abord une œuvre d’amour.
Dans le texte :
Le soldat déclare sa flamme à une certaine Augustine, à l’aide du présent : « je ne pense qu'à toi ». Tous deux ont un passé commun (« nos plus beaux souvenirs ») et ont fait des projets pour l’avenir (« nos enfants rêvés »). On note :
- S1: des manifestations variées de ce sentiment : empressement « sans tarder » / primauté & exclusivité (plus fort que le froid et la peur, « je ne pense qu'à toi ») et partage, réciprocité (« tu seras fière de moi »)
- champ lexical de l'amour ; associations de l'amour et du foyer (« maison »), de la chaleur (« hiver près de toi »), de la famille (« nos enfants rêvés ») : S2.
- Force de l'amour, inconditionnel, qui transcende le présent (« je revois », présent d'actualité) et se moque du temps, unissant passé («nous nous sommes aimés») & futur («je t'aime une dernière fois)
Au début de sa lettre, il tient à la rassurer et envisage d’abord avec optimisme un retour rapide de la guerre, d’où l’emploi du futur simple et de l’adverbe de temps :  « Je serai bientôt là ».

Dans les images du clip :
Les seules couleurs chaudes employées dans le clip concernent les moments où le soldat évoque la présence de sa bien-aimée.
Dans les photogrammes n°3&4, on voit le jeune homme, assis dans une tranchée recouverte de planches, donc abrité, et occupé à écrire une lettre. Il est éclairé par une lampe qui déverse une lumière jaune (une couleur chaude), symbolisant l'amour qu'il exprime à la jeune femme qui l'attend. Cette image correspond bien au texte de la chanson : « je t'écris sans tarder ». Le soldat est au centre de l'image, qui est coupée en deux par l'opposition entre deux couleurs dominantes : le jaune, couleur chaude, qui symbolise l'amour, la vie qui l'attend et qu'il est sûr de retrouver ( d'où l' emploi du présent dans les derniers vers des deux premières strophes et de l'adverbe de temps bientôt) ; et le bleu sombre, couleur froide qui évoque bien sûr la nuit ( «  A l'heure où la nuit tombe au milieu des tranchées »), mais aussi la mort qui le guette. Cette opposition des couleurs est reprise dans le texte par l'opposition entre les champs lexicaux de l'amour et de la mort.
Le plan suivant (photogramme n°5)nous montre en insert, contre-champ du P4, un passage de la lettre qu'il rédige.On y reconnaît des mots du texte de la chanson:«Chère Augustine/je pense à toi ».
Plus loin, la lettre réunit les amoureux par trois fois ; d'abord dans la tranchée, elle lui tend la main pour l'aider à se relever et à se donner du courage (photogramme 9)  ; puis auprès du feu où il sculpte un morceau de bois, nimbée de reflets incandescents (photogramme 12) ; enfin dans une sorte de « bulle », quand le soldat imagine son amoureuse près de lui ; ils ne se parlent pas, mais l'échange des regards est intense et la caméra tourne autour d'eux, reproduisant le tourbillon de la valse et le tourbillon de la vie (photogramme 16 à 19). On remarque la beauté diaphane d'Augustine, fantomatique mais souriant angéliquement.


Dans la musique et le chant :
L'amour se retrouve dans le 3 temps choisi par le compositeur Calogéro. Actuellement, on n’entend pratiquement plus que du 4 temps ; le 3 temps est donc une référence au style ancien des chansons qui utilisaient bien plus de mesures différentes (2/4, 2/4, 4/4, 6/8 …) ; et quand la lettre enferme les amoureux « comme dans une bulle », on les voit comme s’ils dansaient une valse ensemble.
La mélodie chantée est souvent en croches régulières que Florent Pagny « chaloupe » un peu,  avec un accent sur la dernière syllabe des vers. Pour l’interprétation, Florent Pagny utilise une prononciation pleine de compassion : sur la note la plus haute de la mélodie, les mots finaux ressortent ( « je ne pense qu’à  toi » ... « je ne pleure pas » ...) pour souligner l'émotion et l'intensité de l'amour. Il a trouvé le juste ton.
L’instrumentation nous donne à entendre un piano dont la main gauche détaille bien le 3 temps (un fort, deux faibles). Très vite, des cordes se font entendre : vraies ou synthétiques, difficile à dire. Sur « nos enfants rêvés » ou  « nous nous sommes aimés », on entend encore des sons de style orchestre à cordes (coups d’archets plus secs) ou chœur, très enveloppants. Mais le tout (piano + cordes) se veut romantique.


Cette œuvre est donc bien lyrique, dans les mots, dans les images et dans la musique, puisqu’elle évoque les sentiments amoureux du narrateur-soldat.

III) Un texte et une chanson de guerre et de mort.
Outre ses sentiments amoureux, le jeune soldat exprime aussi ses interrogations sur la guerre et surtout sa peur et son désespoir.
Dans le texte :
Le texte de la chanson insiste avant tout sur la peur croissante du soldat, peu à peu convaincu qu'il ne rentrera jamais du front. Les difficultés sont soulignées dès le premier couplet par les sonorités rudes du troisième vers : «  Le froid pique et me glace » », et par la métaphore de la mort « j’ai peur de tomber », à visée d'euphémisme (= atténuation), pour réfuter cette possibilité, ne pas la nommer pour ne pas la rendre concrète

Évolution, dans les strophes, du champ lexical : champ lexical de la guerre, S.1 : tranchées - froid – peur de tomber / puis S.2 : « canon » [dont la rime surprend, cf plus haut], et « ces autres que l'on tue » ; cette fois, le champ lexical est celui de la mort / S.3 : mort [personnification ou métonymie dans ce qui n'est pas ici une métaphore!!!] - boue – godasse (familier, pour dire le mépris et la misère] – rat /S.4 :conditionnel « j'aimerais »[irréel du passé]. La mort, liée à la guerre, est inéluctable.
Ce qui est aussi souligné par les variations dans le refrain 3 : « je ne sens plus mes bras » ; euphémisme ? Non ; c'est la réalité ; le narrateur meurt.
Rq : intérêt de la lettre fictive ; l'émetteur peut «mourir» et son « fantôme» continue d'écrire.

Progression des sentiments :
Au fur et à mesure que l’on avance dans le texte, on sent s’accroître la peur du soldat qui acquiert peu à peu la certitude qu’il ne reviendra pas de la guerre et qu’il va mourir. Cette progression est soulignée par l'allitération «  A l’heure où.. » qui introduit la gradation «  nuit (S.1), guerre (S.2), mort (S.3)».
+ Accentuation du désespoir :
- connecteur d'opposition «Mais » entre S.1 & R.1, qui oppose l'amour de S.1 et la guerre dans un vers qui devient un alexandrin complet : « Je ne pense qu'à toi... Mais je suis un soldat » ; l'amour est donc insuffisant.
- sorte de confusion entre femme aimée & mère protectrice : « tu seras fière de moi »,formule enfantine.
- le futur des deux premières strophes disparaît de son discours. Le soldat ne parvient plus à se projeter dans l’avenir comme l’atteste l’emploi du verbe dans la troisième strophe « j'essaie d'imaginer ». Il perd pied, au sens figuré comme au sens propre : « Tout tourne autour de moi ».
- dans un cri de désespoir, il se tourne vers...Dieu, dans une ultime prière ( R.3), seul possibilité restante, supérieur à l'humain.
- évocation explicite de la mort dans la strophe 4 ; son amour pour Augustine appartient désormais au passé  : il emploie pour l’évoquer le terme « souvenirs » et le verbe aimer au passé composé (« nous nous sommes aimés »), qu'il répète au présent avec l'adjectif ultime ( « je t'aime une dernière fois »).
- la clôture de sa lettre sonne de manière définitive avec la formule « une dernière fois » et, surtout, le vers « Non, je ne reviendrai pas ». C’est le seul verbe des deux dernières strophes conjugué au futur simple mais il est employé dans une phrase négative, renforcée par l'adverbe tonique de négation.
- La variation du refrain 4, avec l’emploi de l'imparfait (temps du passé) dans l’avant-dernier vers : «  Je n’étais qu’un soldat » , suggère la mort du personnage.
- l'expression« prends soin de toi »... sans intervention de la première personne. 
La lettre devient alors une lettre d'adieu.


Dans les images :
De même que le texte de la chanson, les images évoquent la guerre.
Certains plans montrent le champ de bataille ( plan inaugural des barbelés, photogramme 1 ; puis généralement des plans d’ ensemble comme le photogramme 7), d’autres plus particulièrement les tranchées (photogramme 4). Ainsi, on voit trois soldats autour d’un brasero pour évoquer le froid ou un gros plan sur des pieds pour montrer la pluie et la boue. On voit aussi à plusieurs reprises des combats et des explosions.
Les couleurs sont sombres ; la brume omniprésente empêche toute vision en profondeur : il n’y a pas d’horizon, de même qu’il n’y a pas d’avenir pour le soldat.
Le clip montre surtout le visage résigné du jeune homme, qui reste souvent statique, et même immobile comme assommé, sous le choc. Le photogramme 8 le montre avec des camarades autour d'une table. L'expression des visages, les gestes, les attitudes montrent la même lassitude extrême. On comprend alors que les sentiments exprimés par le narrateur de la chanson sont ressentis par ses camarades au front : le jeune homme devient ainsi le porte-parole des soldats.
Ces hommes, que l'on a envoyés se faire tuer à la guerre, ont été emportés par la tourmente. C'est ce que retransmet l'extrait au cours duquel le personnage, immobile sur le champ de bataille, imagine Augustine en face de lui. Au moment de mourir, il semble encore voir sa bien-aimée en rêve. D'abord valse d'amour (photogrammes 16 à 19), la caméra tourne, finissant par montrer le soldat seul (photogramme 20), entraîné inexorablement vers la mort (décor disparu, sang sur le visage, regard fixé dans le vide ; photogramme 21).
Le clip montre d'ailleurs à ce moment-là le gros plan du visage d'un mort puis enchaîne sur l'image du photogramme 22 qui montre le personnage principal assis, hagard, alors que la bataille se déchaîne autour de lui. Déjà mort ou désespéré, ayant conscience qu'il n'en réchappera pas ?
Cette histoire très sombre a cependant subi une petite modification dans le clip ; alors que le texte de la chanson n'évoque que des projets d'avenir et « des enfants rêvés », le gros plan sur la lettre (photogramme 5) nous permettait de lire le texte qui mentionne l'existence d'un enfant, Paul, existence renforcée par l'image du ventre arrondi d'Augustine (photogramme 13) qui fait suite à l'insert sur la sculpture par le narrateur d'un objet en bois (photogramme 11). Or l'histoire de ce soldat de la première guerre mondiale est insérée dans un récit-cadre ; de nos jours, un enfant et un adulte se retrouvent dans un cimetière militaire par une journée grise d'automne et se rejoignent sur la tombe d'un certain Valentin Grandet, mort en 1916 ; le photogramme 14 insiste sur un moment de regard prolongé entre l'adulte et l'enfant : il y a une transmission ; puis la caméra glisse vers la main de l'enfant qui tient ce qu'on identifie maintenant à une poupée (photogramme 15). On comprend alors que cet enfant est un descendant du narrateur et qu'on lui a transmis cet objet en héritage.
Les multiples plans sur le cimetière militaire, sur l'ossuaire et notamment les plaques commémoratives portant le nom des soldats morts pour la France prennent alors tout leur sens. Cette chanson et ce clip sont promus en 2013, juste avant l'année du centenaire de la Grande Guerre. Il s'agit de transmettre le souvenir de ces hommes, de participer au devoir de mémoire et à la reconnaissance collective du sacrifice de ces hommes.


Dans la musique :
Le début démarre avant le chant sur un son menaçant de vent glacial, auquel s'ajoute le crépitement d'un feu et le claquement d'un drapeau, symbole de la patrie. Puis, au fur et à mesure, des bruits de la guerre se superposent à la musique : bruits des flaques quand un soldat marche dans la boue, explosions, tirs, glas des cloches ou, sur le mot « canon », on entend tonner un canon.
On pourrait penser que les paroles, très sombres, contrastent avec la musique enlevée, plutôt gaie : une valse. Cependant, le tourbillon de la valse, s'il peut évoquer le tourbillon de la vie, peut aussi évoquer celui de la mort ; le narrateur va être emporté, il va perdre pied, ne contrôle plus rien et va finir par être balayé…
De plus, la tonalité choisie est mineure : elle communique la tristesse. A la fin de chaque strophe, une courte polyphonie avec mélodie descendante donne encore plus de tristesse encore. Dans le refrain, on note aussi le petit sursaut vers l’aigu : « je serai bientôt là » qui se meurt.  Les notes longues sont toujours par deux, séparées d’un demi-ton (comme chez Chostakovitch !).
Au moment du texte et du clip où le soldat se meurt, dans le dernier refrain (après photogramme 13), on remarque aussi le « vide musical » ; la musique devient inaudible, phénomène annoncé par une note répétée, qui devient glas d'une cloche dans le cimetière (photogramme 14), puis dominée par les tirs et les explosions de la guerre. Elle reprend doucement dans la valse d'amour et de mort ; on ne la réentend dominante que juste au moment où Florent Pagny chante : « Je ne reviendrai pas » et la voix, elle, redevient puissante sur le vers : « Je n'étais qu'un soldat » qui évoque clairement la mort du personnage.
Dans la chanson seule, sans clip, l’adverbe de négation « NON » est mis en valeur par la musique, souligné par la bande son où l’on entend retentir le glas et un roulement de tambour qui évoquent les honneurs militaires rendus aux soldats tombés pour leur patrie.
On comprend donc qu’il est mort à l’audition seule, alors que la vidéo le montre encore en tournant la caméra autour de lui comme une valse avec la mort.


Cette œuvre est donc aussi bien tragique, dans les mots, dans les images et dans la musique, puisqu’elle évoque la guerre et la mort du narrateur-soldat.

Conclusion :
Florent Pagny nous convie dans sa chanson à un devoir de mémoire, cherchant à nous toucher par une force émotionnelle des mots de Marie Bastide, émotion renforcée par la musique et les images touchantes du clip de Géraldine Maillet, qui servent à merveille la balade de Calogéro. Les paroles, inspirées des lettres des Poilus envoyées à leurs épouses, mères, familles des missives chargées d'espoir avant que l'Histoire ne vienne les contredire résonnent encore plus fort en cette première année du centenaire de la Première Guerre Mondiale. Le clip, qui accompagne la chanson, reprend parfaitement l’esprit du texte, et la légère modification qu'il apporte dramatise encore davantage les faits et les réinterprète pour en accentuer la dimension universelle et l'importance de la transmission du souvenir qui doit rester vivant.
Fabienne Ottenwelter (analyse du texte), Bénédicte Barbier (analyse de la musique et de l'interprétation),

et inspiration de Mme Massip (pour l'analyse du clip).

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